L’homophobie : une abomination anachronique

, par Résistances

Il était des temps de l’histoire humaine où la modernité n’était pas matérielle. Où les pratiques sexuelles des hommes et des femmes n’étaient pas stigmatisées par la société. Des siècles ont passés et de nouveaux mots, comme homosexualité (apparu au cours du XIX° siècle), homophobie, jalonnent le vocabulaire en opposant une partie de la population à une autre en créant des peurs et des oppositions entres personnes qui n’ont pas lieu d’être. L’homosexualité, comme on surnomme aujourd’hui un sentiment ou une pratique sexuelle, n’est qu’histoire d’amour entre deux personnes de même sexe ou de plaisirs charnels librement partagés par deux personnes dans l’intimité d’une relation humaine entre deux êtres.

Pour les peuples anciens, que certains qualifient d’archaïques ou de barbares, comme les cultures perse, germanique, celte ou hellénique la pratique de relation entre deux personnes de même sexe s’organisait autour de rituels initiatiques avec un aspect sexuel et sociétal ou était vécue couramment, à n’importe quel âge. De nombreux textes mythiques l’évoque, comme celui d’Apollon et Hyacinthe. Hyacinthe est fils de roi, et Apollon est un dieu, fils de Zeus. Le mythe se passe au cœur de la cité et donc pas du tout dans des milieux marginalisés ni d’exclus. C’est contre la perte du caractère sacré et initiatique de l’homosexualité que s’insurgeront, par la suite, des philosophes comme Socrate ou Platon qui, loin de condamner l’homosexualité (elle faisait partie intégrante de leur culture), reprocheront aux pratiquants de s’intéresser plus aux corps qu’à l’âme. C’est dans ce contexte que s’est inscrit la réaction des socratiques : ils estimaient qu’on avait négligé, dans la relation entre hommes, l’aspect formateur, et en réaction, ils ont cherché un retour à la pureté originelle en proscrivant l’aspect sexuel, base de l’amour platonique. Dans les sociétés Indo-européens, comme la plupart des peuples, il n’y avait pas d’interdit concernant l’homosexualité. C’était un jeu sexuel qu’on pratiquait depuis l’enfance jusqu’à n’importe quel âge. C’était quelque chose d’évident, qui faisait partie de ce fond humain général pour lequel la société n’avait pas à s’y opposer. L’homosexualité n’était pas qu’affaire masculine. La figure de Sappho, par exemple, représentée tantôt comme une femme à hommes, et tantôt comme une femme à femmes en est une illustration. Ovide, poète latin qui vécut durant la période qui vit la naissance de l’Empire romain, et ses lecteurs connaissaient les amours féminines de la poétesse de Mytilène : si les amours féminines avaient soulevé chez les Romains de cette époque une réaction d’horreur et de dégoût, il n’aurait choisi Sappho ni pour être le porte-parole de son manifeste poétique, ni pour incarner une figure emblématique de l’amour. Cette poétesse, qui écrivait dans un dialecte grec dit éolien voire lesbien – de l’île Lesbos, était connue comme étant « la Lesbienne », c’est-à-dire, au départ par antonomase, « la personne célèbre de Lesbos ». L’usage du terme « lesbienne » dans le sens de « homosexuelle » n’est attesté qu’à partir du IXe ou Xe siècle après J.-C.

Sur d’autres continents, africain notamment, des communautés exerçaient des rites initiatiques qui comportaient parfois des pratiques homosexuelles. Ces rites servaient soit à souder les liens au sein du groupe, soit à initier les hommes à l’art de la guerre, ou encore à permettre le passage de l’adolescence à l’âge adulte. Dans le Sud et le centre du Cameroun, deux rites ancestraux, le « Mevungu » chez les Beti et le Ko’o – l’escargot – chez les Bassa, sont des cérémonies initiatiques qui comprenaient notamment des attouchements à caractère homosexuel entre femmes. Le Mevungu, autre exemple, est un rite exclusivement féminin, dans lequel les initiées ménopausées jouent le rôle masculin. Ce rite n’était pratiqué que lorsque le gibier était rare en forêt ou encore en cas de mauvaises récoltes. En revanche, chez les Fang du Gabon, du Cameroun et de Guinée-Equatoriale, les relations homosexuelles étaient considérées comme le meilleur moyen pour devenir riche. Chez les Azande du Sud-Ouest du Soudan, au sein des foyers polygames, les relations homosexuelles entre femmes n’étaient pas rares. Tout comme en République Démocratique du Congo, où dans les foyers polygames des femmes nkundo, les pratiques homosexuelles existaient parfois entre co-épouses, qui disaient ne pas être satisfaites par leurs maris. En Afrique australe, lorsqu’elles étaient mariées, les jeunes femmes Herero expliquaient également leurs pratiques homosexuelles désignées par le terme epang, par l’insatisfaction à laquelle elles étaient confrontées dans leurs foyers. Dans le Sud de l’actuelle Zambie, il existe une homosexualité identitaire. Il s’agit exclusivement d’hommes ou de femmes, qui préfèrent avoir des relations avec des personnes du même sexe ; ces personnes étaient appelées mwaami dans la langue Ila. Et, si certaines langues africaines offrent un vide conceptuel et linguistique au sujet de l’homosexualité, d’autres permettent en revanche d’appréhender cette notion de façon très précise.

Avec ces quelques exemples, nous faisons remarquer qu’à travers les âges et les territoires du monde, l’homosexualité n’a pas toujours été dénoncée comme une dépravation ou une abomination du genre humain. Bien sur, elle a connu des temps très durs comme à la fin de l’empire romain, à partir de Cicéron, où peu à peu les lois romaines vont condamner toutes formes d’homosexualité, se montrer de plus en plus sévères envers les « gays ». A l’avènement du christianisme, il faut attendre 342 pour que l’église de Rome, avec l’aide des gouvernants de l’époque, condamne l’acte charnel au dépend de l’acte d’amour. Sans parler des lois répressives du code Napoléon, des rafles du régime nazis dans une histoire plus récente ou les pogroms dans les pays de l’ancienne union soviétique, en Russie en particulier…

La modernité n’est pas qu’affaire d’avancées techniques, elle doit d’abord être l’essor de la pensée, combattante de l’aliénation de l’homme « normal » pour le libérer de l’obscurantisme gagnant parfois les masses. Même si elle est une notion confuse aux acceptions multiples, par la liberté de conscience et l’autonomie du jugement, la modernité permet l’expression d’un changement positif des mentalités, individuelles comme collectives à la fois dans de grandes actions, mais aussi dans les actes et propos du quotidien même les plus insignifiants. Et le tout puissant aimant tous les hommes, en ces lieux de croyance et de ferveur, comme jadis les poètes chantaient des odes aux dieux et à l’humanité, fidèles d’ici et d’ailleurs priez avec confiance l’espérance pour que ceux qui rejettent les autres pour leurs différences ouvrent leur cœur à la lumière de la tolérance.

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