Nous battre pour un accueil digne et humain des réfugiés

, par Résistances

Aujourd’hui, ce qui est en jeu va bien au-delà de la situation de Ouistreham (ou ailleurs) où les migrants qui veulent aller en Angleterre vivent dans des conditions qui ne respectent pas la dignité humaine : aucun abri pour dormir, toilettes municipales fermées sur ordre du maire, traque incessante par la gendarmerie, vols de leurs effets personnels (duvets couvertures).

Et ce ne sont pas les accords de Sandhurst qui vont améliorer la situation. La Grande Bretagne va lâcher 50 millions d’euros de plus pour « améliorer la sécurité à la frontière »...

A Ouistreham le préfet annonce 2,5 millions d’€ de travaux pour renforcer le dispositif de sécurité et de contrôle (financés en grande partie par la Grande Bretagne).

Contrairement à ses propos de campagne Emmanuel Macron n’a pas remis en cause les accords du Touquet mais signe donc un nouvel accord qui consacre le précédent sur le déplacement des frontières de Douvres à Calais. La France va donc continuer à refouler tous les migrants dont l’Angleterre ne veut pas.

Dans ce contexte ce ne sont pas les déclarations de Macron à Calais qui vont nous rassurer. Le président de la République prétend vouloir accueillir les migrants d’une façon digne et humaine mais dans les faits il prépare un projet de loi qui va dans le sens contraire. Projet de loi dénoncé par les associations de solidarité et d’aide aux réfugiés et demandeurs d’asile. Projet de loi qui vise à accentuer la chasse aux migrants et à en refouler un maximum. Une politique dénoncé à gauche comme à droite d’ailleurs.

Qu’on en juge par les principales mesures :
- Réduction de 120 à 90 jours, du délai, à compter de l’entrée sur le territoire au-delà duquel le dépôt d’une demande d’asile peut entraîner le placement en procédure accélérée
- Réduction du délai de recours devant la CNDA de 1 mois à 15 jours
- Renforcement de l’orientation directive des demandeurs d’asile dans les capacités d’hébergement : le projet de loi prévoit qu’un schéma national fixe la part des demandeurs d’asiles accueillis dans chaque région ; un demandeur pourra être orienté vers une région déterminée et être tenu d’y résider pour bénéficier des conditions matérielles d’accueil.
Prévoir des échanges d’information entre les services intégrés d’accueil et
d’orientation, chargés de l’hébergement d’urgence de droit commun, et l’OFII,
concernant les demandeurs d’asile et réfugiés, par la légalisation de la
circulaire du 12 décembre. Circulaire contestée par toutes les associations et
dont le Défenseur des droits vient de réclamer le retrait au gouvernement.
- Augmentation de 16h à 24h, de la durée de retenue administrative pour vérification du droit au séjour et renforcement du pouvoir d’investigation.
- Possibilité de recourir à l’assignation à résidence pendant le délai de départ volontaire de manière à réduire le risque de soustraction à l’éloignement.
- Augmentation de la durée de rétention administrative de 45 à 90 jours.
- Possibilité de proroger la rétention au-delà de cette limite maximale, et pendant 15 jours, dans le cas où l’étranger fait obstacle, lors de la dernière période de rétention, à l’éloignement.
- Extension du recours à la vidéoaudience pour le Juge des Libertés et de la détention et le Tribunal Administratif.
- Prévoir un dispositif permettant aux préfets de faire appel contre les ordonnances du Juge des Libertés et de la Détention sans que le retenu ne soit systématiquement mis en liberté
- Restriction des conditions d’accès aux titres étrangers malades, qui se fondent sur « les caractéristiques du système de santé dans le pays dont l’étranger est originaire »

On le voit ce projet de loi vise à durcir les conditions d’accueil et surtout à faire repartir volontairement ou non le maximum de migrants sous prétexte que « la France ne pourrait accueillir toute la misère du monde » en oubliant d’ailleurs la deuxième partie des propos de celui qui les avaient prononcés : « mais elle doit en prendre sa part ».

On en est bien loin quand on regarde les chiffres : l’autre soir la sénatrice Esther Benbassa a rappelé que la suède accueillait un demandeur d’asile pour 101 citoyens et qu’en France on en était à un pour 1340 citoyens

Il faut rappeler aussi les propos de Damien Carême, maire de Grande-Synte : un maire doit respecter le code de la famille et de la santé publique. J’ai donc fait mon job en accueillant de manière décente des familles à la rue.

Pour mémoire l’article L345-2-2 du Code de l’Action sociale et de la Famille précise que : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique ou sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d’hébergement d’urgence ».

Dans le calvados quand le préfet prétend que « l’État n’a pas à rougir de ce qu’il accomplit en matière d’accueil des migrants » c’est bien « la voix de son maître » qui s’exprime.

Il critique les actions individuelles et collectives qui viennent en aide aux migrants mais quelles réponses apporte-t-il ? Une augmentation de la présence policière et une traque quasi systématique pour dissuader les migrants de rester sur Ouistreham et de tenter de passer en Angleterre.

Un manque de place en CADA pour les demandeurs-es d’asile.

Une mise à la rue systématique des familles ayant reçue une OQTF.

Il critique les ouvertures de squat en disant que ces squats sont ouverts sur des sites qui sont dangereux. Mais qui est responsable et pousse à ces ouvertures de squat ? Le préfet lui-même quand il met à la rue des familles avec des enfants, dont certains en bas âge.

Est-ce que dormir dans la rue est moins dangereux que de dormir dans un squat ?

Est-ce que dormir dans la rue est idéal pour aller à l’école le matin les yeux bouffis par le manque de sommeil du au froid ?

Est-ce que la rue est un endroit idéal pour faire ses devoirs et réviser ses leçons ? NON ! Monsieur le préfet « l’action de l’État n’est pas exemplaire », loin s’en faut, et vous êtes en l’occurrence bien mal placé pour donner des leçons d’humanité aux unes, aux uns et aux autres.

Sans ce formidable élan d’aide et de solidarité auprès des migrants, certains n’auraient pas tenu le choc face aux conditions inhumaines qui leur sont faites.

Aujourd’hui et demain nous sommes réunis pour manifester notre solidarité avec les migrants et protester contre cette politique indigne d’un pays appelé « la Patrie des droits de l’Homme ». Nous continuerons à nous battre pour faire changer cette politique et obtenir un accueil vraiment digne et humain pour les migrants arrivant sur notre territoire.

« Liberté de circulation et d’installation pour tous »

Patrick ARZ, au nom de l’ASTI 14 et de la CIMADE

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