Détruisons le sexisme et la culture du viol

, par Résistances

Peu de gens sont passés à côté de l’emballement médiatique face aux révélations de bizutage à la fac de médecine de Caen fin octobre. Les images étaient choquantes et s’inscrivaient dans un contexte déjà bien nauséabond : toutes nos amies avaient des récits de violence sexuelle à raconter.
Le bizutage en médecine, c’est boire beaucoup d’alcool mais c’est aus- si voir son consentement anéanti. La révélation de tous ces actes est une lutte qui dure depuis presque un an et qui a mobilisé des étudiant- e-s, des syndicats et des militant-e-s.
En janvier 2017, deux copines ont eu envie de contacter le collectif féministe pour témoigner d’agressions sexuelles dans un contexte de fins de soirées de médecine et attirer l’attention sur les comportements abusifs parmi les étudiant-e-s. Quelques semaines plus tard, c’est une affiche annonçant un gala en médecine qui prônait le viol et le féminicide comme pratique festive : une femme nue, ensanglantée, ligotée sous les regards, les sourires et les verges d’un attroupement. Forcément, ça commençait à faire beaucoup et ça a interpellé les militant-e-s et les syndicalistes. On a d’abord réussi à faire retirer cette affiche des écrans géants du campus et des réseaux sociaux. L’Université s’engageait à faire écrire une lettre d’excuse (dont personne n’a jamais vu la couleur) par la corpo et à organiser des tables de rondes de réflexion (bizarrement, on n’a pas vu ça non plus).
Un regroupement du Collectif Féministe, de Sud Éducation et du syndicat étudiant SL-Caen a commencé à se pencher sur la corpo de médecine. Elles et ils ont épluché les affiches, tracts, vidéos, photos, publications sur les réseaux sociaux issus de la corpo et de son employé, Roswell, fervent défenseur et acteur des humiliations organisées par le bizutage. Et on n’a pas été déçu-e-s du voyage...
Les étudiant-e-s de deuxième année sont soumis à un bizutage à peine caché qui se matérialise par la réalisation de « commandements » : offrir un sandwich à un sans-abri, toucher dix paires de fesses en criant « t’aimes ça coquine », photocopier ses seins à la corpo qui seront ensuite affichés comme un trophée au mur, se faire frapper le visage avec un godemiché par Roswell, poser son phallus sur une table de la bibliothèque devant une fille, tourner un film porno...
Il y a également le fameux WEB (WE pour Week End, le B c’est pour « bizutage », pas « bienvenu »), un week-end consacré à l’humiliation de ces mêmes étudiant-e-s. On peut encore parler du gala annuel (dont les affiches de promo sont aussi crades les unes que les autres) au cours duquel les « bizus » servent de domestiques aux étudiant-e-s des années supérieures. Cette soirée bien alcoolisée et tout le contexte d’hypersexualisation mènent régulièrement à des violences sexuelles.
Pendant plusieurs mois, un dossier a été constitué, des avocat-e-s consulté-e-s, des lettres envoyées. Le résultat : le silence de l’Université, une journaliste contactée, une enquête ouverte par la procureure.
La suite, on la connaît : le week-end d’intégration est enfin annulé, la Présidence de l’Université justifie de façon grotesque son silence par une « erreur d’aiguillage » du dossier. Les journalistes s’affolent autour des campus, profitant d’un bon buzz qui sera aussi vite oublié qu’il a été mis en lumière, prêchent le faux pour avoir le vrai nom d’une des témoins.
La petite victoire : l’impact de l’enquête et de la couverture médiatique oblige à prendre conscience de ce que ces pratiques présentées comme « d’intégration » sont en fait, à savoir de la mise en danger de la dignité humaine. La corpo ne répond plus aux sollicitations. Des étudiant-e-s de médecine s’indignent sur les réseaux sociaux de se voir priver de leur Week-End Bizutage en faisant semblant de ne pas comprendre que le bizutage est une pratique humiliante et en niant les agressions sexuelles tant que la justice ne les condamnent pas (or 8% seulement des viols font l’objet d’une plainte et parmi ces rares démarches juridiques, seules 2% aboutissent à une condamnation).
Certain-e-s étudiant-e-s de médecine mettent en avant la nécessité de se détendre après le fameux Paces (concours à la fin de la première année). Comme si la difficulté des études justifiait les violences qu’ils et elles infligent. Comme si le fait d’avoir réussi un concours réclamait ou méritait la disponibilité incontestable et indiscutée des corps des autres. Cette banalisation de l’hypersexualité et de la perception ironique du consentement se retrouve parfois tout au long des études de médecine et dans certains actes médicaux. Pendant l’internat par exemple, on se voit sanctionner par des « gages » (entre autres mimer des actes sexuels) si le « règlement » (taper dans le dos de tout le monde en arrivant, ne pas parler politique...) n’est pas respecté. Poursuivre des études de médecine n’autorise en rien à produire et reproduire la culture du viol, en fait, rien ne le justifie ni ne l’excuse.
Il faudrait un Convergences entier pour être précises sur la définition de la culture du viol. Les sources et les discussions ne manquent pas (on en mettra sous l’article). Ce qu’on pourra faire ici, c’est rappeler que le bizutage en médecine relève de la culture du viol, que ça ne se trouve pas qu’en médecine mais bien partout, et même dans nos milieux militants malgré nos revendications anti-sexistes, parce que comme l’expression le mentionne, c’est culturel.
La première définition de la culture du viol a été donnée en 1994 par deux chercheuses, elle nous paraît toujours claire et précise, il s’agit d’ « attitudes et croyances généralement fausses, mais répandues et persistantes de nier et de justifier l’agression sexuelle masculine contre les femmes ». La culture du viol, c’est l’adhésion et la perpétuation de mythes sur le viol. Dans les mythes auxquels nous sommes encore bien trop complaisant-e-s de croire il y a :
- l’idée que les victimes accusent à tort leur agresseur : peut-être que les #balancetonporc ont été instrumentalisés par quelques personnes pour nourrir une vengeance personnelle mais combien comparativement aux paroles enfin libérées ? Et est-ce que c’est vraiment ce qu’il faut retenir de la déferlante de témoignages de harcèlement et violences sexistes ?
- l’idée que la victime a en fait voulu ou aimé : elle a dit « non » mais elle pensait « oui » : (1 français-e sur 5 pense encore comme ça ! ) ; la violence sexuelle et l’absence de consentement est excitante ; si la victime n’avait pas désiré ce rapport sexuel, elle se serait défendue (l’absence apparente de réaction en cas d’agression, sexuelle ou non, s’appelle la sidération psychique, tout le monde ne survit pas de la même façon à un traumatisme).
- l’idée que la victime l’a bien cherché/mérité : elle avait bu, elle marchait seule de nuit dans la rue,
elle avait séduit son agresseur...
Le mythe le plus répandu est encore celui du vrai viol qui serait une agression par un inconnu dans une ruelle sombre. Si ces violences existent réellement, elles sont bien peu nombreuses comparativement au « faux » viol qui serait celui commis par une personne connue, au domicile (80% des violeurs connaissent leurs victimes). Il y a viol dès lors qu’une personne outrepasse le consentement d’une autre dans le cadre d’une relation engageant des pratiques sexuelles.
Tout ça remet systématiquement, structurellement, en question et nie la parole des victimes de violences sexuelles. Tout ça permet de cacher derrière nos petits doigts nos participations individuelles au sexisme en tant que système. On considère tous et toutes (enfin, on le suppose et on l’espère !) le viol comme une aberration, comme le symptôme terrible d’une société de dominant-e-s et c’est difficile de se remettre en question sur ce sujet. Pourtant, des violences sexistes et des viols traversent aussi les milieux militants : certain-e-s en sont acteurs et actrices, d’autres victimes.
Cessons d’être tolérant-e-s face aux vilain-e-s, appliquons concrètement nos revendications pro- féministes en ne recouvrant pas de silence les actes sexistes de nos camarades, de nos proches, de nos collègues. Positionnons-nous clairement et fermement. Écoutons toujours ce que les personnes ayant subi des violences sexuelles ont à dire et respectons toujours la façon dont elles ont envie de le dire et le moment où elles ont envie de le dire.

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