Fin des contrats aidés : vers des licenciements de grande ampleur dans le secteur associatif

, par Résistances

Aujourd’hui force est de constater qu’un plan silencieux de disparition de l‘emploi est en cours dans le secteur associatif.
En effet, toute l’action publique est centrée sur la formation liée aux besoins des patrons et à l’aide à la création d’entreprises. Ce qui avec la réforme de la formation professionnelle a amené à une première disparition d’associations intermédiaires, de dépeçage de l’AFPA (Formation professionnelle pour adultes) ainsi que des boites de formations.
De nombreuses mairies en profitent pour couper les subventions des associations qui les dérangent alors qu’on nous parle de participatif à tour de bras. De nombreuses MJC ont fermé leur porte et ont vu leur locaux détruits, rasés. Elles sont remplacées par des structures conformes à la politique culturelle élitiste des gens aux pouvoirs actuellement. Nous ne l’avons pas vu venir.
Aujourd’hui la décision d’économies du gouvernement vis-à-vis des collectivités territoriales mène à la fermeture d’associations, en particulier celles qui interviennent dans le cadre des « politiques de la ville ». La réforme de la taxe d’habitation va mettre à mal la culture, la solidarité et le lien social au quotidien. Car faute d’argents sûrs, ces associations sont des variables d’ajustement d’autant plus que plutôt que celles qui interviennent dans le social ou le culturel, on va privilégier les associations et les appels d’offres à dimension sportives : olympisme à venir.
Indirectement l’arrêt des TAPS (temps d’accueil périscolaire) va renforcer la pauvreté, la précarité des personnels d’animations. C’est pourtant un salaire d’appoint pour les étudiant-e-s ou les intervenants professeurs qui peuvent par ailleurs souvent avoir 2 / 3 à 8 patrons différents.
Les associations souffrent d’un manque de financement pérenne et d’une libéralisation du financement associatif avec le passage d’une logique de subvention de fonctionnement à une logique de mise en concurrence sur des marchés ponctuels auxquels il faut candidater. Ainsi sur Paris des entreprises sociales gagnent des gestions d’équipements publics. Cette mesure s’inscrit dans la droite ligne de cette libéralisation, de la financiarisation du secteur associatif et d’un affaiblissement de la puissance publique. L’État duplique la logique marchande, capitalistique

Arrêt des emplois aidés / développement du service civique

Le secteur associatif bénéficie de politiques d’emploi spécifiques (emplois jeunes nouveaux services, CUI/CAE, emplois tremplins, et dans une certaine mesure service civique), alors qu’il est parfois un piètre employeur : 53 % des salarié.e.s associatifs sont en CDI contre 88 % dans le privé lucratif et 83 % dans la fonction publique, 50 % des emplois associatifs sont à temps partiel allant jusqu’à 70 % dans les seuls secteurs du sport et de la culture. Or cet été c’est la suppression pure et simple des emplois aidés dans les associations qui a été annoncé. Pôle Emploi avait reçu l’information il y a 3/4 jours que le dispositif CUI-CAE était suspendu à partir du 1er août. Je ne trouve aucune infos à ce sujet ailleurs, donc je le lance sur la liste. 
Pôle Emploi est donc en train d’annuler toutes les demandes faites depuis le 1er août concernant de nouvelles conventions, et aucune nouvelle convention ne sera faite. Il n’y a aucune info sur la durée de cette suspension. 

S’agit-il de faire de la place pour « la montée en charge » du service civique promis par Jean-Michel
Blanquer ? En juillet 2016 le service civique obligatoire a été adopté au parlement mais les décrets ne sont pas parus.

La disparition du ministère de la jeunesse et de la vie associative, la baisse des subventions nationales, la fin des aides publiques aux associations dans de trop nombreuses régions, nous laisse songeurs sur ce qui attend les presque deux millions de travailleurs et travailleuses associatifs. Les missions d’intérêt général ou de service public, défendues par les associations ne devraient-elles être désormais portées que par des « volontaires », gagnant moins du smic et en bénéficiant pas du droit du travail ? Est-ce ainsi que le Ministère porteur de la nouvelle « loi travail XXL » imagine l’insertion professionnelle des jeunes et des plus en difficulté ?

Le service civique c’est bosser entre 24 et 48 heures dans la semaine, ils ou elles n’ont pas de droits et de protection sociale… Monsieur Blanc, Président de l’agence service civique affirme que le service civique n’est ni « un emploi ni un stage », sur le terrain, nous pouvons vérifier la réalité du travail de ces volontaires. Jean-Michel Blanquer, ministre de l’éducation nationale en charge de la jeunesse, a promis le 29 juin dernier devant le Conseil d’orientation des politiques de jeunesse « une montée en charge » du dispositif.

Le service civique comme rite républicain à la place de l ‘armée ?

Françoise champion sociologue française chargée de recherche au CNRS dans le groupe de sociologie des religions et de la laïcité, définit quatre composantes du rite, aucune de celles-ci n’est possible dans le milieu associatif à moins de les obliger à mettre en place une histoire commune car le rite se base sur un passé, ou encore un langage fait de symboles par exemple. A travers le service civique veut-on « militariser » le milieu associatif come bras armé du lien social
La réforme de l‘information Jeunesse (1 700 lieux en France) en 2018 promise par les socialistes et qui sera mise en place par Macron / Blanquer va révéler les objectifs du gouvernement sur la jeunesse. Il y a fort à parier que l’accent va surtout être mis sur « lutte contre le radicalisme » et « mise en avant des valeurs dites républicaines ». Il faut aussi imaginer une orientation des jeunes vers les métiers précarisés ou sous payés, et bien sûr l’entreprenariat voir l’obligation de faire de la pub pour le service civique. L’information jeunesse va devenir un bras armé de l’idéologie gouvernementale et capitaliste.
Sous couvert de favoriser l’unité nationale, les instructions relatives au service civique et rédigées par l’agence du service civique sont claires : l’objectif est de favoriser « l’employabilité » des jeunes (projet Europe 2020), pacifier les rapports sociaux notamment dans les zones urbaines sensibles…
Le milieu associatif va connaitre un bouleversement important dans les prochaines années, celui de la disparition de l’emploi : des centaines de milliers sont concernés. Des luttes vont apparaître, les valeurs de l’Education populaire vont devoir être réaffirmé. A nous tous de rester vigilant et de mettre en place les conditions de solidarité et de lutte de ce secteur ultra précarisé.

Noel MOREL AL Melun / Banlieue Sud Est

Voir en ligne : Les gens dont le CUI-CAE vient d’être signé seraient effectivement invités à rentrer chez eux...

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