Dada noir

, par Résistances

La compagnie, toute jeune, s’est manifestée à la dernière livraison des « fous de la rampe », manifestation annuelle de la jeune garde théâtrale étudiante de l’université de Caen. On pourrait ne pas y prendre garde … Mais firent leurs premières armes dans ce cadre, nombre de personnalités du théâtre contemporain, citons en vrac, Thomas Joly qui fit le bonheur d’Avignon, cet été 2014, David Bobée qui dirige maintenant le centre dramatique des deux rives de Rouen, ou pour parler des « locaux », Antonin Menard et sa Compagnie Chantier 21, Thomas Ferrand et son « Projet libéral » ou Olivier Lopez et ACTEA qu’on ne présente plus . Il se pourrait donc bien que la dernière mouture des Fous de la rampe ait mis sur le marché, avec l’apparition de Benjamin Audouard, une nouvelle structure prometteuse sous l’appellation « dada noir ». Leur dernière réalisation a nom : Intracte. De quoi retourne la proposition ?

« Au pays de la magie » est le titre d’un ouvrage, écrit en 1941, publié plus tard (1948) par Henri Michaux dans un recueil poétique intitulé « Ailleurs ». Les exégèses s’affrontèrent alors pour savoir si Michaux fuyait le monde et le réel ou si –au contraire- il produisait avec sa poésie une forme de résistance. 1941, la France est occupée …Mais Michaux avait déjà anticipé d’aller voir ailleurs, notamment en grande Carabagne (1936). Le spectacle « Intracte » ressemble à un avis de recherche.

Recherche de territoire, recherche d’un ailleurs pour à la fois résister, en offrant un poème dramatique très inventif, et offrir une vision critique du monde comme il va.

Dada Noir cherche sa place, culturellement cela va de soi pour une jeune compagnie, mais aussi en interpelant le langage théâtral. Il présente de ce fait, une procédure et des conventions qui heurtent de front le théâtre existant pour ne pas dire dominant pour en découdre avec la doxa établie et mettre en crise l’espace théâtral.

Ce serait plutôt une option doux/dingue qui animerait semble-t-il « dada noir », car sans appétit de provocation, l’équipe ne se définit pas a priori contre mais en quête d’un théâtre pour soi, en quête d’une appropriation heureuse des formes. Appropriation d’un langage poétique dans lequel prime la fantaisie, à travers les vertus de l’imaginaire, et inventaire d’un langage commun dans lequel peut se reconnaître le plaisir de se constituer en communauté à travers la constitution d’un groupe de personnes comme troupe.

Chercher à être ensemble dans le mouvement d’aller quelque part.

« Randonnée » qui rappelle ce qui fut il y a quelques années la tentative d’Antonin Ménard qui en portait le titre.

La proposition d’Antonin Ménard se référençait à un réel (une randonnée) quand Benjamin Audouard et ses complices en font l’économie.

Il n’y a de réel pour eux que la réalité théâtrale. « Intracte » est donc intra–duisible. Il n’y a pas d’acte imaginaire répondant d’un réel qui ferait d’Intracte une métaphore, non, imaginaire et réel tendent à se confondre dans la seule question de la présence à la scène ou à la question : qu’est-ce que je fous là ?

Je crois le savoir ou n’en sais rien, mais c’est un fait : j’y suis.

À ce compte-là, ou le spectateur jouit de ce qu’il n’y a qu’un ici et maintenant et trouve son contentement d’être là, ou il cherche dans le spectacle un écho du réel et de la conscience qu’il croit en avoir et il reste sur sa fin.

Intracte n’invite donc à aucun acte de reconnaissance.

Il n’interdit pas pour autant le jeu métaphorique … Ce même jeu d’interprétation dont incidemment, on use avec les rêves. A condition d’être en connivence et en empathie avec la proposition et les acteurs : admettre qu’ils rêvent pour nous et que nous rêvions d’eux et ne le savions pas. Transfert : alors ça marche !

Le jeu proposé serait donc le carburant d’un rêve éveillé, rêve d’émancipation, rêve de turbulence…qui fait dire à Rimbaud dans sa « saison en enfer » qu’au matin (ici au réveil) : « Au matin j’avais le regard si perdu et la contenance si morte, que ceux que j’ai rencontrés ne m’ont peut-être pas vu. »

Quand on a vu « Intracte » est-on sûr de ce que l’on a pu voir ?

Que s’y perd-t-il ?

Quels papiers ? Quels identités ? Quelle langue ? Quels amours ? Quel latin ? Quelle vie ? Quelle morale ? Quel sens de l’existence ? Quel théâtre ?

Y gagne-t-on ce regard si perdu ? N’a pas t’ont vu ce qu’on a vu à perte de vue ?

Et quoi d’autre ? Sa face, sa raison d’être, ce qu’on croit être, le savoir et la contenance qu’il nous autorise … C’est-à-dire les masques dont nous affublent la réalité sociale et culturelle. Masques de Mort ?

Bref « Intracte » produit donc une effet d’étrangeté par perte des repères en inscrivant l’ailleurs immédiatement là.

Ne pas chercher midi à quatorze heure, faire profit du temps immédiatement perdu.

Immédiatement s’impliquer …La lucidité par l’artifice du théâtre serait une capacité vive de réflexion immédiate. Sans reflet différé.

L’acteur « présentifie » c’est exactement ainsi que se définissent les acteurs artisans du « songe d’une nuit d’été » de Shakespeare. Traduction Markowicz

Dada Noir présentifie. La chose n’était pas là avant et ne sera pas là après. La chose (Das Ding) n’est que là.

À prendre ou à laisser, selon qu’on se prend au jeu ou pas.

Il y a ceux pour qui le théâtre ne peut être qu’un avatar qui ne peut se suffire à lui-même. Il n’existerait que comme supplément et supplétif du réel mais serait par définition inconsistant et non constituant du réel.

Il semblerait que Dada Noir n’opère pas dans cet ordre de conviction.

Dada Noir rassemble des assemblées constituantes du réel …Convocation dans laquelle le théâtre du Radeau du Mans est passé maître.

Le théâtre n’est fait que du don de la présence. Sa temporalité c’est le présent. Il exige qu’on y soit et quand on y est : invariablement on se demande ce qu’on y fout.

La petite bande à Benjamin Audouard a l’air de le savoir, mieux même, ils y paraissent affairés. Très occupés. Largement inspirés. Tous sens flottant.

Le théâtre leur permet de vaquer …. à l’ occupation de vivre ensemble un instant d’humanité. Temps libre ou libéré …pour l’accord, le chant, le chœur.

Une sorte d’écoute de soi et du bruit du monde. Un concert. Une concertation. D’accord, s’est accordé au théâtre une aura bien grande et une capacité enchanteresse qui n’a lieu d’être qu’avec le consentement du spectateur…D’un spectateur aimant de théâtre qui y reconnaît un art de s’entendre. Une rareté.

Alors on comprend pourquoi la réalisation s’intitule intr’acte… Une mise entre parenthèse. Ceci dit que cela reste entre nous.

J.M. 19 octobre 2014

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